Les catastrophes climatiques touchent plus les femmes que les hommes

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Serge Rabier. Photo: drDurant la Cop21, les dirigeants du monde parleront de gaz à effet de serre ou d’énergie mais également d’égalité des sexes. Une thématique plus inattendue dans cette semaine dédiée aux changements climatiques. Rencontre avec Serge Rabier, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, pour qui les deux sujets sont indissociables.

Le Journal du Climat – Plus d’un millier de personnes ont signé votre plaidoyer, “Les femmes, actrices de la lutte contre le dérèglement climatique” . Pourquoi avoir choisi de faire intervenir la question du genre dans les débats sur le climat ?

Serge Rabier : Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes est le lieu privilégié pour s’apercevoir que les inégalités entre femmes et hommes persistent dans tous les domaines. Encore plus dans les pays en développement pour des raisons à la fois historiques, culturelles ou religieuses. Des politiques publiques ont été mises en place dans tous les pays pour y remédier. On s’est demandé pourquoi le secteur environnemental serait exempt de ces inégalités. La Cop21 était une occasion d’introduire cette dimension dans les enjeux climatiques. Le Haut Conseil s’est donc auto-saisi de cette initiative.

JdC – Quels sont les résultats de vos investigations ?
Dans certains pays, les catastrophes climatiques coûtent plus en vies humaines féminines que masculines. On a essayé de voir pourquoi. Dans le cas d’inondations ou d’un typhon, par exemple, 70 % des victimes sont des femmes. Deux facteurs expliquent cela. D’une part, les filles, retirées tôt de l’école, ne peuvent pas déchiffrer les affiches des campagnes d’information. D’autre part, on enseigne aux filles le tissage ou la cuisine. En aucun cas on leur apprend à nager et plus largement à être autonomes en dehors de la maison.
Un autre exemple, la sécheresse au Sahel et la poursuite des activités humaines autour du lac Tchad ont fait diminuer sa surface de plus de 90 % depuis les années 1960. Les femmes sont donc obligées d’aller chercher l’eau de plus en plus loin. Néanmoins leur journée n’en est pas changée pour autant. Elles doivent faire les mêmes activités avec moins de temps. Elles sont les premières touchées dans leur vie quotidienne par les conséquences visibles du réchauffement climatique.

JdC – Mais pourquoi attendre la Cop21 pour soulever ces problématiques ?

Je vous rassure. Nous allons continuer après. On ne l’a pas fait avant car le Haut Conseil est une instance relativement jeune. La Cop21 était l’occasion de se saisir de ce sujet nouveau. Pour la Cop22, le Haut Conseil sera particulièrement intéressé à travailler avec l’organisme similaire au Maroc pour s’assurer que ces thématiques continueront à être à l’agenda.

JdC – Justement au Maroc ou en Thaïlande, la problématique de l’égalité femmes-hommes n’a rien à voir avec la nôtre…

Si, car au cœur de l’égalité femmes-hommes, il y a l’autonomisation des femmes. Les pays nordiques ont été les premiers à considérer que la lutte contre ces inégalités passait par trois piliers : éducation, accès au marché du travail et liberté de choix des femmes dans leur vie intime. Cette problématique se pose en tous lieux et en tout temps avec des degrés différents d’adaptation, de mise en œuvre et de résistances. Notre souci était de mettre en valeur les potentialités des femmes en tant qu’actrices et non en tant que population vulnérable. On veut sortir du schéma caricatural “les femmes ô les pauvres !”. Oui, les femmes sont dans des situations de précarité. Simplement, elles ne le sont pas par essence. Pour peu que leur potentiel soit développé, elles peuvent devenir des actrices du développement à part entière.

1JdC – N’est pas une façon d’imposer notre modèle au monde ?
C’est la grande thématique du développement. Il ne s’agit pas d’imposer quoi que ce soit. Partant du constat général que les inégalités femmes-hommes existent partout, il faut laisser bien évidemment à chaque pays le choix des politiques à mettre en œuvre, compte tenu de sa culture, de ses conditions économiques ou autres. Mais il faut constamment rappeler que ces politiques, quelles qu’elles soient, doivent être menées. L’égalité femmes-hommes est un préalable moral, philosophique, juridique ou anthropologique, indispensable au développement. Cela doit être fait !

JdC – Vous voulez donc utiliser l’événement de la Cop21 pour faire du lobbying ?

Complètement. Le plaidoyer met en avant des arguments objectifs, à mon sens, s’appuyant sur de la recherche-action et des statistiques. Le trait commun entre les problèmes climatiques et les inégalités femmes-hommes, c’est que les gens ne veulent pas voir. Oui, c’est important mais on veut se concentrer sur des sujets présentés comme plus importants. Sauf que l’urgence climatique et l’urgence éthique sur les sujets des inégalités femmes-hommes sont là pour nous dire que nous ne pouvons plus reculer. Ce n’est pas possible que ces inégalités persistent. Au nom de quoi ?

2JdC – Cela ressemble à une suite de discussions sans fin…

C’est, avec toute sa grandeur et ses limites, le mode d’existence juridique de la communauté internationale. L’ONU a été créé sur le principe d’un pays = une voix. En l’absence de système juridique international contraignant, on en est le plus souvent réduit à des discussions. Simplement on a aussi noté dans l’histoire des Nations unies des moments de basculements. La Conférence du Caire de 1994  a permis des avancées très fortes dans le domaine des droits sexuels et reproductifs. Une fois qu’un certain nombre de pays ont signé, nous avons un terrain tout trouvé pour leur parler. On leur dit « mais vous avez signé. Maintenant faites-le ! »

JdC – Pourtant certains États ont signé le protocole de Kyoto sans pour autant le respecter…

Ce n’est pas pour cela qu’il faut baisser les bras. Il faut continuer à grappiller des choses. Par exemple, le Niger a émis une réserve sur la liberté de circulation des femmes en précisant qu’elle ne valait que pour les femmes non mariées. On ne touche pas aux fondamentaux qui veulent qu’une femme mariée soit une femme soumise. Néanmoins le Niger a signé la convention. La société civile nigérienne a donc une arme supplémentaire pour se battre. Dans un monde globalisé, leur combat est notre combat. Et inversement.

JdC – L’idéal serait-il d’arriver à un statut de la femme commun au monde entier ?

Peut-être pas un statut. Il faut utiliser le mot avec précaution. Mais en tout cas, arriver à la reconnaissance des droits humains des femmes partout dans le monde. Que ce soit dans les droits civils ou dans les droits à respirer un air pur, à boire une eau potable, à avoir accès aux services publics d’éducation et de santé au même titre que les hommes. Au même titre que tout le monde.

Propos recueillis par Méréva Balin

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