Rediriger les routes de la finance personnelle vers des projets propres

PartagéShare on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Frédéric Chomé (dr)Par Frédéric Chomé, directeur de FactorX. Les avoirs financiers détenus par les ménages belges représentent trois fois le PIB du pays, et six fois les émissions nationales de gaz à effet de serre. Les chiffres pour la France sont sensiblement identiques quoique légèrement meilleurs. Pour décarboner nos modes de vie, il faut parler d’argent.

À l’échelle d’un ménage, les avoirs financiers (épargne, assurances, placements) représentent plus de 20 fois les émissions cumulées de la consommation d’énergie du logement et des transports d’une famille ! Si l’on souhaite réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à titre individuel, c’est probablement par là qu’il faut commencer.

Pourquoi tant de GES ? Simplement par la volonté d’obtenir un intérêt de la part de ses placements financiers. Pour “fabriquer” cet intérêt on investit dans l’économie, qui émet des émissions de GES. Et malheureusement, les banquiers, gestionnaires de fonds d’investissement et nos dirigeants n’ont pas une conscience environnementale très marquée. Mais c’est bien par la finance et le portefeuille des individus que l’on obtiendra des changements significatifs.

En Belgique, les ménages détiennent des actifs financiers à concurrence de plus de 100.000€ par personne (un peu moins en France). Chaque euro placé génère des intérêts, donc finance l’économie mondiale. Selon le type d’investissement, l’empreinte carbone de celui-ci est élevée ou plus faible. En moyenne mondiale, on considère qu’un euro placé génère 0,85kg de CO2e (« e » pour « équivalent » ndlr) par an pour produire ses intérêts. 100.000€ génèrent donc 85 tonnes de CO2e par an, soit 10 fois l’empreinte carbone d’un Belge moyen pour son habitat, et ses transports. Le graphique ci-dessous présente ce ratio par zone du monde :

ombre

 

(a.i.1.a) source : cliquer ici.

 

 

 

 

 

 

 

Ré-allouer massivement les financements vers l’économie bas carbone est crucial et facile à faire. Chacun à son niveau peut y réfléchir mais, évidemment, réglementer serait encore plus efficace.

En effet, des changements dans la réorientation des placements vers une économie locale, verte, durable et qui réduit les émissions de CO2 en valeur absolue, permet d’obtenir des résultats bien plus significatifs à l’échelle nationale, que l’isolation de l’ensemble des logements (qu’il faut faire aussi, et que l’on pourrait financer par ce biais), avec des coûts de mise en œuvre insignifiants, et des temps de déploiement quasi-immédiats.

Au-delà de ce que chacun d’entre nous peut faire à titre individuel, il conviendrait également d’imposer aux gestionnaires de fonds d’investissement d’investir 5% de leur encours dans des initiatives, locales, durables et qui réduisent les émissions de GES en valeur absolue. Et qui de plus, financent l’économie réelle. Par ce biais, les émissions nationales peuvent être réduites de plusieurs dizaines de points.

Toute réforme d’envergure passe donc par un contrôle strict du poids carbone des investissements et de la finance. On entend beaucoup cette phrase : “Sortir ses investissements du fossile”, mais ce n’est pas suffisant. Nous plaidons pour que les investisseurs soient contraints d’investir 5% (puis +1% par an) de leur portefeuille dans les fonds de « private equity » (ce qui signifie : pas de titres en Bourse) qui financent les entreprises qui construisent les solutions de demain, qui réduisent les émissions de GES (en balance nette, entre les émissions liées à leurs activités et les réductions d’émissions induites par leurs produits et services).

En échange de ces investissements à risque réalisés sur le territoire national, les investisseurs pourraient bénéficier d’une politique fiscale attrayante sur la taxation des plus-values éventuelles, d’une garantie des capitaux placés et d’un rendement minimal annuel garanti (par exemple 3%) par les pouvoirs publics. Ces derniers s’y retrouvent complètement, puisque par cette politique, ils favorisent des investissements durables dans le temps, de nouvelles activités créatrices d’emplois dans leurs territoires. De plus, pour chaque euro investi dans les entreprises actives sur le territoire national, les pouvoirs publics regagnent en moyenne 10€ par an de retombées directes et indirectes (salaires, TVA, fiscalité, consommation).

Les investisseurs institutionnels et familiaux recherchent à tout prix des solutions pour placer leurs capitaux sans risque, et avec une rentabilité minimale. En créant les conditions qui leur permettent d’investir dans nos territoires, dans des entreprises durables qui sont les acteurs de la transition bas carbone et créateurs de résilience pour nos habitants, l’État joue pleinement son rôle d’accélérateur social et de redistribution.

Ce plan est un impératif pour sortir une partie des flux financiers du monde virtuel de la Bourse et les réinjecter dans l’économie réelle, les PME, l’économie sociale et solidaire, etc. C’est-à-dire pour favoriser la résilience des territoires pour l’innovation et l’emploi. Chaque million d’euros que l’on réinvestit dans l’économie décarbonée induit une économie de GES de l’ordre de 4 à 5000 tonnes de CO2e en valeur absolue selon les projets financés.

De nombreuses coopératives, sociétés innovatrices existent déjà et de plus nombreuses encore restent à créer. Avec l’argent citoyen, privé et public, finançons la transition de nos sociétés, créons des emplois durables dans le temps et résilients par rapport aux perturbations futures.

Il ne reste plus qu’à commencer, chacun à son échelle, tout en militant pour que des mesures soient prises à l’encontre des investisseurs institutionnels. La Caisse des Dépôts, la Banque de France et les établissements de placement doivent être en pointe sur ce projet dans les tout prochains mois pour donner la direction à suivre.

Frédéric Chomé, directeur de FactorX

PartagéShare on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn