La Bretagne ou les Maldives

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Traces d'avions dans le ciel parisien. Photo: PHB/CoopeticQuand le soleil se lève sur Paris, il donne une jolie couleur orange aux traces nuageuses laissées par les avions. Elle se croisent et se décroisent avec des effets impressionnistes que n’aurait pas renié Claude Monet. Malheureusement, elles représentent près de 2% des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Baisse durable du pétrole aidant, le trafic aérien, en hausse exponentielle, est l’un des grands oubliés de la Cop21, cette conférence déjà passée à la trappe par les journaux télévisés.

309, 491, 616 euros, voilà ce que l’on peut trouver comme vol pas cher pour les Maldives, à douze heures trente de vol de Paris. Au mieux à trois mètres au-dessus du niveau de la mer, cet archipel de l’océan indien voit monter les eaux qui l’entourent au rythme de 3 millimètres par an. D’ici un ou deux siècles il a été écrit qu’à ce rythme, les quelques 1200 îles constituant les Maldives pourraient à nouveau être englouties, marquant ainsi une régression géographique dont les activités humaines auraient leur part.

L’équation écologique n’est pas toujours simple. Le premier réflexe serait en effet de renoncer à de tels voyages et de préférer la Bretagne. Alors secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot s’était fait montrer du doigt en allant passer à l’hiver 2009/2010, ses vacances de Noël aux Maldives. Les médias avaient alors dégainé aussi vite que Lucky Luke pour dénoncer celle qui aurait dû montrer l’exemple (1). Pour autant, l’économie de ces îlots de rêve dépend à 75% du tourisme. Alors que faire ? Dire à leurs habitants qu’on n’ira plus les voir tout en les ruinant ou bien se rendre sur place pour leur montrer de la compassion, mojito en main ; sur leur disparition programmée ? Joli cas de conscience.

Les avions ont fait des progrès, en réduisant de 30% leurs émissions de CO2 entre 1990 et 2012 mais, cet effort s’est réduit à 1% selon une synthèse publiée en juin 2015 par Réseau Action Climat. Au vu des technologies actuelles, on ne voit pas comment ils pourraient faire mieux dans l’immédiat. Mais Réseau Action Climat plaide pour davantage de cohérence financière entre les très importantes aides financières dont bénéficie le secteur, le niveau extrêmement bas du prix des carburants et le prix trop faible de la taxe carbone à laquelle tous les pays ne se soumettent pas. Là encore tout n’est pas si simple puisqu’une diminution induite du trafic aurait également des conséquences pour l’emploi sans qu’il soit bien clair que les pertes de postes seraient compensées par d’autres secteurs comme le ferroviaire. Le pilotage de cette macro-économie réclame un savoir-faire dont le manuel de mise œuvre n’est pas encore écrit. Reste la théorie, à méditer l’hiver sur les plages des Maldives. Et un joyeux Noël aux lecteurs du Journal du Climat.

PHB

(1) En 2009, le ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo s’était fait également remarquer pour se rendre en avion aux réunions de Bruxelles via les services de l’Etec.

Passage d'un avion dans le ciel parisien à l'aube. Photo: PHB/Coopetic

Passage d’un avion dans le ciel parisien à l’aube. Photo: PHB/Coopetic

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