La leçon de Tchernobyl trente ans plus tard

PartagéShare on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Photo: PHB/JDCDans un peu plus de deux mois, ce sera l’anniversaire de la plus grande catastrophe du nucléaire civil. Lors d’un enchaînement d’actions malheureuses ce 26 avril 1986, les ingénieurs de maintenance de la centrale ukrainienne en ont perdu le contrôle.

L’opinion européenne, notamment française ou belge est toujours dorlotée par l’idée que les centrales qui nous fournissent l’électricité sont très sûres et que les futurs réacteurs EPR le seront encore davantage. Or l’inquiétude dans ce domaine devrait être considérée non comme une névrose d’illuminés écolos mais comme un gage de sécurité. La vigilance, même poussée, n’est pas suffisante.

Le monde du nucléaire dispose de deux catastrophes incontestables, Tchernobyl et Fukushima. L’une s’est produite dans le cadre de la déliquescence de l’Union Soviétique, l’autre dans un pays moderne connu pour ses capacités technologiques.

Répétons-le, l’inquiétude n’est pas une lubie. Pour mieux expliquer les choses il faut les transposer. Dans le cas de Tchernobyl, la surface qui a été durablement contaminée avec des produits radioactifs dont la durée de vie s’étage entre plusieurs centaines et plusieurs milliers d’années, est de 2600 kilomètres carrés. C’est plus que la surface du département des Yvelines  (2200 kilomètres carrés) qui est devenue infréquentable. Dans le cas japonais, on parle de 550 kilomètres carrés soit l’équivalent de l’Etat de Singapour ou cinq fois la surface de Paris, sans compter la forte pollution maritime puisque Fukushima est une centrale côtière.

L’un des accidents s’est produit en 1986, l’autre en 2011 soit 25 ans d’écart alors qu’en termes de probabilités et compte tenu de l’ensemble des réacteurs ayant été mis en service, il ne devait se produire, en théorie, qu’un accident tous les 7000 ans(1).

En matière de sécurité nucléaire, nous partageons la même fable anesthésiante que celle martelée dans le domaine de la sécurité aérienne. Les chances d’arriver à bon port dans un avion dont l’ensemble de la structure est un haut concentré de technologies, sont maximales. Les arguments allant dans ce sens portent la plupart du temps car tout le monde a envie d’être rassuré, ce qui est humainement normal et d’autre part les victimes ne sont plus là pour contester le bien fondé des statistiques en la matière. Pourtant, une plaque métallique qui vient crever un pneu au décollage (l’accident du Concorde à Gonesse), une modeste sonde Pitot défectueuse (vol Paris Rio), un pilote dépressif (vol de la Germanwings) et les certitudes se diluent d’un coup dans l’erratique puis le tragique.

Dans le domaine nucléaire, on ne saurait remettre en cause le niveau d’excellence des ingénieurs occidentaux, notamment Français. Ont-ils pour autant le contrôle total de chaque pièce qui protège ou fait tourner les réacteurs, la certitude de l’état psychologique des individus placés à des postes-clés? Il serait grave de le prétendre. Compte tenu des conséquences quasi irréversibles des accidents suscités, cette industrie bien spécifique doit vivre dans état d’alerte quotidien. « Tout est sous contrôle« ? Raison de plus pour redoubler de précautions. Les anniversaires de Tchernobyl et surtout celui de Fukushima démontrent que cela n’arrive pas qu’aux autres. C’est bien leur seule vertu.

PHB

(1) Une page sur les probabilités d’accident.

PartagéShare on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn