La malédiction de Notre-Dame-des-Landes frappe encore

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L'article du Canard Enchaîné sur Notre-Dame-des-Landes. Photo: PHB/JDCCinquante ans après le démarrage du feuilleton, la série Notre-Dame-des-Landes connaît un nouveau rebondissement et pas à l’avantage du pouvoir politique. C’est une révélation du Canard Enchaîné dans son édition du mercredi 17 février. Un rapport tout ce qu’il y a de plus officiel enterrait purement et simplement un des arguments du Premier ministre, mais c’est le rapport en question qui a finalement été inhumé avant d’être exhumé par le Canard…

Le 4 novembre devant l’Assemblée rappelle le Canard, Manuel Valls dénonçait l’extension des pistes de l’aéroport (en lieu et place d’une déportation à Notre-Dame-des-Landes) au motif qu’elles aurait mis en danger une zone naturelle classée comme telle. Juste avant la Cop21, était-il alors au courant du rapport de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal)? L’article du journal ne le précise pas mais il révèle le contenu dudit rapport qui conclut que « l‘allongement de la piste de l’aéroport de Nantes-Atlantique (l’actuelle infrastructure) ne présente pas de risque pour la faune de la réserve naturelle et n’augmente pas le péril aviaire ».

Les opposants au projet qui devront prochainement faire face à un référendum local sur le sujet décidé par le Président de la République il y a quelques jours, peuvent jubiler. Le rapport de la Dreal, torpille l’un des principaux arguments d’un gouvernement qui compte au moins deux « pour » (le Premier ministre et le Ministre des Affaires étrangères) et trois nouveaux ministres labellisés écolos a priori « contre ».

D’ailleurs pour le parti EELV: « Après l’accord de Paris de décembre 2015, il est inenvisageable que des terres agricoles et des zones humides d’une biodiversité inestimable soient sacrifiées pour un aéroport inutile alors que celui de Nantes Atlantique peut être optimisé. Pour les écologistes ce projet d’aéroport est un projet dangereux pour l’environnement, pour les habitants et paysans qui vivent et travaillent sur ces terres agricoles, dangereux aussi pour les finances des collectivités locales et pour les territoires voisins« .

Le projet d’un nouvel aéroport date des années soixante, une époque caractérisée par une économie administrée qui se passait aisément de l’opinion, qui pour construire l’aéroport Charles de Gaulle, qui pour décider des voies express permettant de traverser Paris. L’opposition au nouvel aéroport, essentiellement paysanne, date des années soixante dix, période également marquée par la contestation de l’extension d’un camp militaire sur le plateau du Larzac.

Dans cette affaire dont le coût devrait dépasser les 500 millions d’euros, où il est tout de même question de ratiboiser plus de 1500 hectares de verdure flore et faunes comprises, l’acharnement de l’Etat comme celui des opposants d’ailleurs, confine à la névrose.

Jusqu’à plus ample informé, l’aéroport actuel fonctionne toujours. Ce projet n’est pas sans rappeler l’extension « cruciale » du stade Roland Garros qui fait pourtant les bonnes affaires du tournoi du même nom depuis plusieurs dizaines d’années. Et c’est d’ailleurs piquant de lire à ce propos, dans le même journal satirique, les turpitudes internes de la Fédération française de tennis, sise à Roland Garros, qui voit son directeur général évincé par son président sur fond de « grosses fiestas et petites combines« .

Quand Pompidou survolait en hélicoptère la zone prévue pour accueillir l’aéroport de Roissy sur l’emplacement d’un château, il avait montré du doigt un cèdre libanais en priant ses services de faire en sorte de l’épargner. Ce qui fut fait et on peut toujours le voir quand on prend l’autoroute A1. Pas de référendum, pas d’opposants, pas de Zadistes: en ce temps-là on avait les coudées franches. Les deux dossiers du dessus auraient été réglés depuis longtemps.

De nos jours on entend préserver la nature pour de bonnes raisons. L’esprit de la Cop21, succès français, ne saurait être à géométrie variable comme les ailes du Concorde, autre trophée des années Pompidou.

PHB

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