Nuit américaine pour le climat

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Rien dans l’attitude du nouveau président américain ne permet de penser qu’il va tenir les engagements de son prédécesseur à l’égard du climat en général et de la Cop21 en particulier. Sa façon de parapher d’une plume rageuse ses « executive orders » -soit l’équivalent de nos décrets présidentiels- pour annuler ce que son prédécesseur avait fait ou pour limiter ex abrupto l’accès aux frontières américaines ne laisse rien présager de bon.

Ce que l’on peut comprendre néanmoins à partir de ses engagements de campagne, de sa déclaration d’investiture le 20 janvier ou de ses premières décisions ayant suivi cette date, c’est que Donald Trump n’a que deux façons de réfléchir et donc de faire le tri: soit c’est bon pour les Etats Unis, soit ça ne l’est pas. Et dans le même ordre d’idées, par sous-jacence, soit c’est bon pour les affaires (des américains) soit ça ne l’est pas. Dans sa façon de gouverner, il a, du moins jusqu’à présent, la douceur et la subtilité de l’équarrisseur au labeur.

Ses homologues européens le regardent un peu ébahis. François Hollande et même François Fillon lui ont fait savoir que respecter les accords sur le climat était indispensable. Cependant rien ne laisse penser que Donald Trump en aura le sommeil troublé. Tout est à craindre désormais en matière de forages, d’oléoducs ou de déclassement de réserves naturelles dès lors qu’il estimera que c’est bon pour les affaires. Encore que dans ce domaine il agit parfois avec un discernement confinant à la myopie. Il a certes découragé le constructeur automobile Ford de construire une nouvelle usine au Mexique plutôt qu’en Amérique, mais on peut se demander s’il en fera de même pour Apple qui fait fabriquer ses téléphones en Chine. Dans les six prochains moins on peut gager que le monde ira de surprises en surprises, bonnes ou mauvaises.

Pour que Donald Trump ait des égards sur le climat, il faudrait pour ce faire qu’il constate un impact négatif sur les intérêts américains. Par exemple si la sécheresse exceptionnelle qui prévaut depuis plusieurs années au Chili et qui se traduit en ce moment-même par des incendies terribles, se transportait demain sur les greniers à blé américains, il n’est pas interdit de prédire que face à une telle évidence, il ne resterait pas sans réaction. Laquelle, là est toute la question. Ferait-il comme les Chinois qui ont décidé, arsenal chimique aidant d’ensemencer les nuages au chlorure pour faire pleuvoir ou se rangerait-il aux recommandations de la Cop21 visant à émettre moins de gaz à effet de serre, la réponse à cette interrogation est pour l’heure totalement spéculative.

En attendant son attitude pour le moins réservée à l’endroit des enjeux atmosphériques risque d’avoir des effets délétères sur les pays ayant signé la Cop21 sous la pression internationale. L’Union Européenne (pour laquelle ce peut être une nouvelle zone de fracture) va dès lors se retrouver en première ligne afin de faire valoir les nécessités environnementales avec un rapport de force non négligeable mais insuffisant. « L’Amérique d’abord », l’humanité n’a pas fini de méditer le slogan de l’ex-candidat. Historiquement, le « moi d’abord », argument facile à faire valoir en période électorale, s’est souvent soldé par des conséquences tragiques. Au mieux par des régressions.

PHB

 

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