Paysages français à l’arrêt

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Il arrive qu’un photographe puisse se réjouir. Par exemple quand il est missionné pour aller photographier le littoral ou un quelconque paysage de l’hexagone. Et qu’on lui donne carte blanche pour peu qu’il y ait immortalisation. Qu’un jour enfin quelqu’un puisse dire grâce à son travail: « avant c’était comme ça« . C’est ainsi que Sabine Delcour est allée, sur proposition du Conservatoire du littoral, photographier le Delta de la Leyre (ci-contre) du côté d’Arcachon. Il en est ressorti de belles photos savamment bouffées par le flou. Elles se trouvent parmi 1000 tirages vouées aux paysages français, au milieu des 160 auteurs exposés à la BnF Mitterrand, jusqu’au mois de février.

Ce qui nous est montré ici, c’est beaucoup ce que l’on voit lorsque l’on est passager d’une voiture ou d’un train. De ces paysages sans rien de notable mais qui donnent envie de s’y fondre plutôt que d’aller d’un point à un autre.  De ces choses qui semblent nous dire que ce qui est intéressant ce n’est ni le point de départ ni le point d’arrivée mais l’entre-deux. Ou qui nous font comprendre que ce que l’on croit être notre prison de banlieue est en réalité un cadre intéressant. Parce qu’un photographe l’a compris, comme Laurent Kronental, qui est allé à Noisy-le-Grand photographier la ville récente avec l’adjonction d’un personnage pour lui donner plus de sens. Ou Cyril Weiner qui a repéré un cheval de trait au pied de barres d’immeubles à Nanterre. Chacun son truc dans cette exposition richissime pour donner une force à ce qu’il a vu, à ce qui caractérise la France désormais. Comme ces gens qui barbotent en maillot de bain avec en toile de fond une centrale nucléaire. Telles ces belles maisons que l’on détruit devant des immeubles neufs et qui s’affaissent tels des animaux à l’abattoir après l’administration du pistolet étourdissant. Pour cueillir sur sa pellicule les tours jumelles de la porte de Bagnolet Robert Doisneau quant à lui, a habilement choisi une vasque de fleurs au premier plan, tandis que les deux buildings n’en ressortent que mieux sur fond sombre de ciel orageux.

Bien sûr dans ce vaste lot on trouve Raymond Depardon avec cette façon de saisir si particulière, anatomique, précise et froide. En haut à gauche d’une mosaïque, c’est la mairie de Waben (Pas-de-calais) qui par la grâce d’une signature, le truchement d’un repère ophtalmique, passe à la postérité au même titre que le Mont Saint-Michel. L’exposition de la BnF est un foisonnement de lieux et de talents. Certaines ne sont pas légendées et c’est dommage, le photographe ayant privilégié l’anonymat au renseignement. On voit bien l’idée mais elle crée, via une contrainte artistique imposée, un manque basique. Surtout dans l’enceinte d’une bibliothèque, le visiteur a besoin de savoir. Au moins sait-il que c’est en France. Sauf pour quelques clichés dont il nous est dit qu’ils ont été pris ailleurs comme celui qui nous montre au Maroc et c’est presque devenu un lieu commun photographique, des barres d’immeubles mangeant inéluctablement un panorama rural. Mais toutes nous disent quelque chose, nous rappellent un souvenir, nous rappellent que rien n’est figé, que ces photos ne sont au fond que des bouts de films figeant le temps d’un centième de seconde, l’avant-demain.

PHB

« Une aventure photographique 1984-2017, Paysages français » jusqu’au 4 février 2018

BnF Mitterrand

Article en provenance de la revue ©Les Soirées de Paris

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